mercredi 13 juin 2018

Les enfants de la liberté


"Il y a dix minutes je m'appelais encore Raymond, depuis que je suis descendu au terminus de la ligne 12, je m'appelle Jeannot. Jeannot sans nom. À ce moment encore doux de la journée, des tas de gens dans mon monde ne savent pas ce qui va leur arriver. Papa et maman ignorent que bientôt on va leur tatouer un numéro sur le bras, maman ne sait pas que sur un quai de gare, on va la séparer de cet homme qu'elle aime presque plus que nous. 
Moi je ne sais pas non plus que dans dix ans, je reconnaîtrai, dans un tas de paires de lunettes de près de cinq mètres de haut, au Mémorial d'Auschwitz, la monture que mon père avait rangée dans la poche haute de sa veste, la dernière fois que je l'ai vu au café des Tourneurs. Mon petit frère Claude ne sait pas que bientôt je passerai le chercher, et que s'il n'avait pas dit oui, si nous n'avions pas été deux à traverser ces années-là, aucun de nous n'aurait survécu. Mes sept camarades, Jacques, Boris, Rosine, Ernest, François, Marius, Enzo, ne savent pas qu'ils vont mourir en criant "Vive la France", et presque tous avec un accent étranger."

Jeannot et Claude, son petit frère, ont rejoint la Résistance. Ils sont une petite bande, tous venant d'horizons différents mais avec un objectif commun: se battre contre le gouvernement Pétain. Ils ont peur, souvent faim mais jamais ils ne renoncent: lancer des tracts, trafiquer des trains, voler...ils agissent sans relâche pour leur liberté.
Marc Lévy nous embarque au coeur de la Résistance française où règne l'angoisse et la peur, la faim et l'insomnie mais aussi l'amitié, la fraternité et la solidarité. On ne peut être indifférents au sort de ces jeunes gens, presque des enfants pour certains, qui se battent pour vivre, dans un pays envahi par les nazis. Ils savent qu'ils peuvent se faire prendre et mourir à n'importe quel moment mais ils préfèrent mourir en s'étant battu que rester spectateurs du désastre de la guerre et du gouvernement de Vichy.

J'ai été agréablement surprise par cette lecture: je ne m'attendais pas du tout à une telle histoire (et je n'avais pas de quatrième de couverture) de la part de cet auteur. Tellement d'ouvrages racontent les histoires de personnes ayant vécu la guerre: il s'agit du premier que je lis concernant la Résistance et ça change un peu. Le combat des rues, bien au chaud sous sa couette, un roman qui va droit au coeur.

Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois (435 pages). 


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